Améliorer la vaccination infantile grâce aux empreintes digitales

Empreintes_vaccination
GAVI, l’Alliance pour la vaccination et l’entreprise Simprints ont développé un projet pour améliorer l’efficacité des campagnes de vaccination infantile, grâce à l’utilisation des empreintes digitales des enfants.

Les vaccins, aujourd’hui considérés avec méfiance par une frange de la population, ont été vecteurs de progrès majeurs en santé publique au cours des dernières décennies. Les campagnes de vaccination menées dans de nombreux pays ont permis d’accroître la couverture vaccinale de millions d’enfants. Et de nombreuses maladies évitables, qui condamnaient nombre d’entre eux à des morts prématurées, tendent à disparaître dans certaines régions du monde. En 2017 par exemple, toute la région OMS Asie du Sud-Est a été déclarée exempte de poliomyélite.

Néanmoins, loin des polémiques autour de la vaccination, c’est un problème autrement plus pressant qui subsiste dans les pays en développement. Du fait de difficultés rencontrées pour enregistrer officiellement les naissances dans des zones reculées, certains enfants ne reçoivent pas de suivi médical adapté et personnalisé.

En Afrique subsaharienne notamment, seul un enfant sur deux âgé de moins de 5 ans est déclaré et recensé auprès des autorités.

Privés d’une identité officielle, près de 20 millions d’enfants dans le monde passeraient ainsi à travers les mailles du filet des personnels de santé et ne recevraient pas les vaccins nécessaires, d’après les données de GAVI, l’Alliance pour la vaccination.

Solution technologique

Pour y remédier, Gavi s’est allié avec l’entreprise sociale Simprints, basée à Cambridge, au Royaume-Uni. Ensemble, les deux partenaires ont mis au point une stratégie innovante pour tenter d’identifier les enfants non vaccinés. Celle-ci est fondée sur l’utilisation d’une technologie de reconnaissance biométrique développée par le groupe britannique.

L’idée est simple: il s’agit de mieux identifier les enfants par le biais de leurs empreintes digitales. Même exclus des registres officiels, ceux-ci pourraient ainsi bénéficier d’une identité digitale qui serait ensuite reliée à un dossier médical digital complet, permettant à n’importe quel médecin d’avoir rapidement et facilement accès à leurs données de santé, n’importe où dans le monde.

Le suivi médical et plus spécifiquement vaccinal de ces enfants en serait renforcé. «La technologie biométrique que nous avons développée a d’abord été mise en place pour répondre à un besoin immédiat, celui de pouvoir suivre avec précision les vaccins qu'un enfant a reçus et à quel âge, afin de pouvoir garantir à chacun une couverture vaccinale complète», explique Christine Kim, directrice des partenariats stratégiques de Simprints.

S’adapter aux spécificités du contexte

Néanmoins, créer une technologie biométrique adaptée au contexte des pays en développement et pouvoir ensuite la déployer sur le terrain, représente un défi considérable. En effet, la plupart des technologies d’identification biométrique disponibles sur le marché ne sont pas conçues pour la mobilité, la durabilité et l’utilisation hors ligne, dans des environnements qui plus est difficiles.

Il a également été nécessaire d'optimiser le système pour traiter les profils d'empreintes digitales marquées, usées et brûlées, courantes dans les pays en développement, ainsi que celles des jeunes enfants dont les empreintes ne sont souvent pas encore nettement définies. Pour cela, l’équipe de Simprints a recueilli plus de 135’000 empreintes digitales au Bangladesh, en Zambie, au Népal et au Bénin. «Ce travail nous a permis d’affiner notre technologie afin de pouvoir recueillir des marqueurs de qualité pour confirmer l’identité des personnes. Nous avons aussi passé plus de 700 heures à co-créer le dispositif avec des travailleurs médicaux de première ligne, pour assurer une utilisation intuitive de la solution», ajoute Christine Kim.

Les premiers tests du dispositif soulignent que celui-ci permet une identification correcte des enfants dans 99% des cas.

Gavi et Simprints ont désormais prévu de déployer la technologie au Bangladesh et dans un pays d’Afrique subsaharienne d’ici début 2020, afin de déterminer si celle-ci permet réellement une meilleure identification des enfants sur le terrain et un suivi médical adapté. Si cette initiative est couronnée de succès, elle pourrait ensuite être étendue à d’autres pays.

Sécuriser les données

Des questions subsistent toutefois à propos du stockage et de la sécurisation des données d’identification et de santé des enfants, notamment dans des pays ne disposant pas de régimes juridiques régissant la sécurité des données. Le partenariat Simprints-Gavi assure avoir pris des initiatives pour réduire les risques. Ainsi, l’entreprise anglaise s’est engagée à ne stocker aucune donnée personnelle sensible sur l'enfant, en dehors de l'ID unique générée à partir de l’empreinte digitale et reliée aux données médicales. Pour assurer une plus grande sécurité, le groupe pratique par ailleurs le cryptage et la «pseudonymisation» des données.

Une démarche qui pourrait ne pas être suffisante, d’après Sara L.M. Davis, senior fellow au Graduate Institute de Genève, spécialisée dans les questions de droits de l’homme et de sécurité des données. «Je pense que les mesures proposées par Simprints aident à atténuer quelque peu les risques, mais l’initiative pourrait néanmoins être problématique. Il s’agit en effet d’une tentative de résoudre un problème politique, l’absence d'enregistrement des naissances pour les enfants des communautés marginalisées, avec une solution technologique "pansement". Lorsque vous parvenez à obtenir la confiance et l’adhésion d'une communauté aux programmes de santé proposés dans sa localité, pas besoin de ces technologies. Construire des projets pour développer cette confiance est peut-être plus judicieux», souligne la chercheuse.

Top