GrippeNet: le big data pour mieux comprendre la grippe

GrippeNet: le big data pour mieux comprendre la grippe
Malgré sa récurrence annuelle, la grippe reste une maladie peu comprise. Afin d’en apprendre plus sur son mode de transmission, le projet GrippeNet appelle les citoyens suisses à partager leurs données.

Tous les hivers, la grippe touche la population suisse de façon épidémique. Si nous sommes nombreux à passer entre les gouttes, ce virus tue tout de même 400 à 1000 Suisses par an. Une maladie si récurrente peut sembler prévisible, mais ce n’est pas si simple. Le virus de la grippe mute annuellement. Un perpétuel changement qui rend difficile la compréhension de cette maladie.

Pour en apprendre plus sur la grippe et améliorer son anticipation, des outils numériques émergent. Leur pari: utiliser les données de la population pour mieux appréhender le virus. En Suisse, des scientifiques de l’Université de Genève (UNIGE) et de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) ont mis sur pied une plateforme participative, GrippeNet. Intégrée dans un projet européen, cette plateforme invite les citoyens suisses à déclarer leurs symptômes, en remplissant un questionnaire hebdomadaire en ligne. Récolter directement ces données auprès des citoyens permet de connaître la situation de l’épidémie en temps réel. «Cela permet de savoir quand le seuil épidémique est atteint et ainsi mettre en place les mesures de santé publique adéquates pour endiguer la progression de la maladie et limiter ses conséquences», explique Laura Muller, médecin responsable du projet à l’Institut de Santé Globale de l’UNIGE.

Là où Google a échoué

Analyser la grippe grâce aux données numériques n’est pas une nouveauté. En 2008 déjà, Google lançait Google Flu Trends. Partant du principe que bon nombre de malades recherchent leurs symptômes sur le web, ce logiciel permettait d’estimer le niveau d’épidémie selon les mots-clés tapés dans le moteur de recherche. Lors des premiers mois, les résultats ont été identiques aux prédictions des agences officielles. Pourtant, la réputation de l’outil de Google a vite décliné. Il a notamment été reproché au logiciel de surestimer les cas de grippe. Le géant du web a finalement fermé son outil en 2015.

Quelles leçons tirer de cet échec? «Google Flu Trends était un outil statistique qui ne tenait pas compte des comportements humains, souligne le Pr Antoine Flahault, directeur de l’Institut de Santé Globale. Or, ces comportements sont parfois imprévisibles, comme la panique devant la rumeur d’une épidémie sévère.

L’intelligence artificielle seule ne suffit donc pas. Elle doit être associée aux sciences sociales, comportementales et aux sciences de la vie.»

Tenir compte des comportements

Cette interdisciplinarité a été améliorée dans le projet GrippeNet, en passant du site internet à une application mobile, disponible depuis novembre 2018. Cette variante permet d’avoir accès à de nouvelles données pertinentes. «On pourrait appeler cela de l’anthropologie augmentée, sourit le Pr Flahault. Grâce aux capteurs des téléphones, on a connaissance des comportements des utilisateurs.» En analysant le nombre de connexions Bluetooth disponibles, il est possible de déterminer le nombre de personnes autour de l’utilisateur, une information essentielle, quand on sait que la grippe se transmet davantage dans les milieux denses. Autre exemple: le niveau de chargement de la batterie permet de déduire les cycles de sommeil de l’usager.

En croisant les données récoltées, les chercheurs espèrent obtenir plus d’informations sur la grippe saisonnière. «Les corrélations de facteurs que nous analysons permettent de mieux comprendre la transmission du virus et les facteurs de risque liés à la maladie», précise Laura Muller. Bien entendu, rien ne se fait sans le consentement de l’utilisateur demandé explicitement lors du téléchargement de l’application. Quant à la protection de la vie privée, pas d’inquiétude: les données sont anonymisées et ne sont pas transmises à des tiers. Alors, tous ensemble contre la grippe?

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