Infectiologie personnalisée: améliorer la prévention

Infectiologie personnalisée: améliorer la prévention
Détecter les variations génétiques qui augmentent le risque de développer des infections et offrir un traitement sur mesure: tel est l’objectif de l’infectiologie personnalisée.

La médecine personnalisée s’impose petit à petit dans de nombreuses spécialités. Mais «les médecins qui pratiquent la médecine en général et l’infectiologie en particulier ont toujours intégré la personnalisation», tient à rappeler Pierre-Yves Bochud, médecin-chef au service des maladies infectieuses du Centre hospitalier universitaire vaudois de Lausanne. Le médecin a consacré sa récente leçon inaugurale à l’infectiologie personnalisée. Il explique: «L’évolution de l’espèce humaine a été marquée de façon périodique par des épidémies qui décimaient des populations entières. Or, un certain nombre d’individus y étaient moins susceptibles que d’autres: ce mécanisme permet à l’espèce de survivre.» L’infectiologie personnalisée se base justement sur les facteurs génétiques et génomiques qui influent la susceptibilité des individus face à une infection, et marque un pas encore plus grand dans l’individualisation des soins.

Des applications à développer

Pierre-Yves Bochud cite tout d’abord l’exemple de l’hépatite C, maladie du foie causée par un virus, le plus souvent asymptomatique, et dont la gravité est variable. «Plusieurs chercheurs ont découvert des polymorphismes génétiques [des formes différentes d’un même gène, ndlr] qui influencent la capacité des patients à répondre au traitement basé sur l’interféron. Identifier ces polymorphismes avec des tests génétiques simples aurait donc pu permettre de mieux sélectionner les candidats à ces traitements.» Mais l’arrivée de nouveaux traitements antiviraux qui agissent plus directement sur la réplication du virus a cependant changé la donne et réduit l’intérêt de tels tests génétiques.

Aider les personnes immunodéficientes

Pour les patients dont l’immunité est compromise, l’infectiologie personnalisée offre bel et bien des perspectives prometteuses. «Les greffes d’organes ou de moelle osseuse, ou encore les chimiothérapies intensives en cas de leucémies, modulent l’immunité des patients et perturbent leur capacité de réponse à certaines infections», détaille le Dr Bochud. C’est le cas notamment pour l’aspergillose, une infection causée par un champignon filamenteux présent dans l’environnement. Les spores sont normalement éliminées par le système immunitaire, mais chez les personnes dont le taux de globules blancs est bas, les spores peuvent proliférer. Résultat: les patients développent des aspergilloses pulmonaires invasives. Or, les chercheurs ont découvert que la vulnérabilité à cette infection dépendait là aussi d’une variation génétique.

«Nous pourrions mieux cibler les patients qui présentent ce polymorphisme et qui ont deux à trois fois plus de risques de développer cette infection,

expose Pierre-Yves Bochud. Aucune procédure n’est encore standardisée mais l’objectif est de réaliser des études pour optimiser l’utilisation d’une prophylaxie, c’est-à-dire un traitement préventif, chez ces individus.»

Des problématiques encore en suspens

La détection des polymorphismes d’intérêt tend à être de plus en plus rapide et de moins en moins chère. Connaître et identifier de bons marqueurs réduirait le nombre de patients à traiter et concentrerait par conséquent l’utilisation du médicament pour ceux qui en ont véritablement besoin. Mais la situation est plus complexe. «Certains agents anti-infectieux peuvent être administrés en prophylaxie afin de réduire l’incidence de cette infection; cette pratique présente pourtant des inconvénients. Outre le coût et la toxicité potentielle de ces médicaments, ceux-ci peuvent également participer à l’émergence de résistances», relève le Dr Bochud. Les modalités d’intégration de l’infectiologie personnalisée dans les prises en charge de routine doivent donc encore être définies.

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