Médecine de précision: un site pour en découvrir les coulisses

illustration du tumor board sur le site Precisionmed.ch
Le SIB Institut Suisse de Bioinformatique, en collaboration avec l’UNIL et le CHUV, a développé un site web pour comprendre les bases de la médecine de précision et ses applications concrètes dans la prise en charge des patients atteints de cancers.

L’oncologie est une des disciplines dans lesquelles la médecine de précision fait déjà partie de la pratique clinique. L’analyse de l’ADN des tumeurs est aujourd’hui réalisée en routine pour de nombreux cancers, afin de proposer une prise en charge la plus ciblée possible. Mais il n’est pas toujours facile pour les médecins d’expliquer aux patients les ressorts de cette médecine qui repose sur la génétique mais aussi la bioinformatique.

Le SIB Institut Suisse de Bioinformatique, en collaboration avec l’Université de Lausanne (UNIL) et le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), et avec le soutien de l’initiative Santé PerSo de la Fondation Leenaards, a voulu développer un site qui soit à la fois un outil pour les praticiens et une ressource pour les patients, mais aussi le grand public. «Beaucoup d’informations sur la génétique humaine étaient déjà disponibles sur le site chromosomewalk.ch développé il y a quelques années par le SIB. Avec Precisionmed.ch nous avons voulu aller plus loin, en pensant en premier lieu aux professionnels de santé et aux patients», explique Vincent Zoete, chef de groupe à l’Université de Lausanne et au SIB, et spécialiste de modélisation moléculaire.

Suivre un tumor board

Le site permet, d’une part, de revoir les bases de la génétique, du chromosome à l’expression des gènes, de comprendre ce qu’est une mutation et ses implications sur le fonctionnement des cellules, et, d’autre part, de suivre le parcours d’un patient dont la tumeur va être analysée. «Notre but avec Precisionmed.ch est d’expliquer les différentes analyses effectuées à partir de la biopsie d’une tumeur, le rôle de la bioinformatique, et comment les résultats permettent, dans certains cas, de proposer un traitement adapté au patient», détaille dans un communiqué Marie-Claude Blatter, en charge de la médiation scientifique du SIB.

Le site permet notamment de comprendre comment fonctionne le Tumor board du Réseau romand d’oncologie, colloque transdisciplinaire mis en place par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et le CHUV depuis trois ans. Chaque semaine, les experts discutent en visioconférence des nouveaux patients vus au CHUV ou aux HUG afin de partager leur expertise sur l’analyse du dossier et déterminer la stratégie thérapeutique la plus adaptée.

S’appuyer sur la modélisation moléculaire

Mais Precisionmed.ch montre aussi que les médecins ne sont pas les seuls acteurs de cette médecine de précision. Les bioinformaticiens jouent un rôle clé. Transférer de manière sécurisée des données entre hôpitaux, analyser les résultats des séquençages génomiques, comparer les gènes des cellules saines et ceux des cellules cancéreuses, comprendre l’impact d’une mutation, sont autant de tâches pour lesquelles la bioinformatique est essentielle.

«La modélisation moléculaire fait aujourd’hui partie intégrante de la démarche du tumor board du Réseau romand d’oncologie,

relève Vincent Zoete. Quand nous trouvons une mutation inconnue dans la tumeur d’un patient, la modélisation nous permet dans certains cas de comprendre quel peut être son impact sur le fonctionnement de la cellule, son rôle dans le processus de cancérisation et comment les cellules mutées pourraient répondre à certains traitements. Nous sommes donc passés d’une discipline très fondamentale à une science appliquée en clinique.»

Environ un tiers des dossiers discutés au tumor board font l’objet d’une modélisation moléculaire. «Cela nous a demandé d’adapter notre manière de travailler pour répondre aux exigences de la clinique, très différentes de celles de la recherche. Nous devons notamment pouvoir rendre une analyse rapidement, car c’est un des éléments qui vont appuyer la décision du médecin, et souvent le temps est un facteur clé pour la prise en charge du patient.» Les résultats obtenus nourrissent aussi des publications scientifiques qui permettent petit à petit d’en savoir plus sur les processus génétiques à l’œuvre dans les cancers.

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