Nutrition personnalisée: les gènes vont-ils dicter notre régime?

assiette molécule d'ADN
L’alimentation contribue de manière notable à notre état de santé. Mais notre patrimoine génétique peut-il orienter nos habitudes alimentaires?

Fini les repas de famille au cours desquels tous les individus sont tenus de partager les mêmes mets. Alors que ces dernières années les habitudes alimentaires ont subi de profondes transformations, la tendance est désormais à l’individualisation croissante de la nutrition. Au point que lors du Nutrition 2018, le plus grand congrès international de médecine nutritionnelle, les débats au sujet de la «nutrition personnalisée» occupaient une place centrale.

La nutrition personnalisée (ou «nutrition de précision») est une expression relativement récente, qui recouvre de nombreuses réalités. «Des conseils diététiques individualisés, basés sur le niveau d'activité physique d’une personne, sa morphologie ou sa culture, peuvent être qualifiés de nutrition personnalisée. Mais le concept peut aussi être poussé plus loin, avec des conseils et un ajustement de l’alimentation s’appuyant sur les caractéristiques génétiques», explique Milka Sokolović, directrice du département Nourriture et santé au Conseil Européen de l'Information sur l'Alimentation.

Mettre en place une stratégie de nutrition personnalisée a pour objectif d’améliorer l’état de santé des individus et de prévenir les maladies chroniques liées à la nutrition, comme le diabète ou l'obésité. Mais les avis divergent quant aux moyens à mettre en œuvre pour élaborer les conseils diététiques les plus adaptés à chaque individu.

Quand les gènes posent problème

«Dis-moi quels sont tes gènes, je te dirai ce que tu dois manger.»

C’est ainsi que l’on pourrait résumer les espoirs suscités par les progrès récents du séquençage génétique. Couplés à des analyses approfondies des bactéries intestinales (microbiote), ils ont ouvert la voie à de nombreuses études sur les interactions entre bactéries, nutriments et expression des gènes, avec à la clé, lapossibilité de pouvoir prescrire des régimes basés entièrement sur les caractéristiques génétiques.

Toutefois, les difficultés pour faire correspondre profils génétiques et recommandations diététiques spécifiques sont de taille, en l'état actuel des connaissances. «Il est encore prématuré de donner des conseils en matière de nutrition en s’appuyant sur le génome d’une personne. Les études qui se sont penchées sur les liens gènes-nutrition jusqu'à présent reposent, en effet, surtout sur des observations et mettent en évidence des corrélations, mais pas des liens de cause à effet», explique Mike Gibney, professeur émérite de nutrition au collège universitaire de Dublin (Irlande). Dans une récente publication du Nutrition Bulletin, des chercheurs rappellent par ailleurs que les facteurs génétiques ne parviennent qu’en partie à expliquer certaines maladies métaboliques. C’est le cas par exemple du diabète de type 2, pour lequel la contribution des gènes dans le risque de développer la maladie n’est que de 10%.

«Certaines entreprises proposent de séquencer le génome afin de dire aux gens quel régime leur convient le mieux. Mais ces services reposent souvent sur des informations inexactes et sur des associations gènes-nutriments encore peu étayées par des preuves scientifiques. Il faut absolument tenir compte d’autres données, comme le mode de vie», souligne Mike Gibney.

Futur digital

En Europe, les recherches sur la nutrition personnalisée ont surtout connu un essor avec le projet  Food4Me, financé par l’Union Européenne. Créée justement afin de réfléchir à l’apport de la génétique dans le domaine de la nutrition, cette initiative a montré que l’analyse du génome n'était pas nécessaire au succès d’une approche individualisée.

«Dans les études, il est apparu que les individus suivaient très bien toutes les recommandations personnalisées qui leur étaient données, avec des bénéfices pour la santé et la perte de poids. Peu importe si ces conseils étaient basés sur leurs caractéristiques génétiques ou simplement sur des informations concernant leur style de vie, leurs habitudes alimentaires ou leur phénotype, le suivi et les avantages étaient les mêmes», souligne Milka Sokolović.

Pour de nombreux spécialistes, l’avenir de la nutrition personnalisée sera surtout digital. Plus que n’importe quel progrès dans le domaine de la médecine ou de la génétique, ce sont les évolutions des applications mobiles et des appareils connectés qui permettront aux individus d’adopter des régimes individualisés dans une optique de prévention des maladies.

«Je crois que dans un futur proche, nous pourrons élaborer nos modes d’alimentation personnalisés en nous appuyant sur les nouvelles technologies. Nous serons bientôt plus nombreux à être équipés de ‘smart’ réfrigérateurs, qui suivront ce que nous consommons et comment, conserveront des données sur nos habitudes, nous donneront conseils et avertissements, et nous guideront dans nos achats pour nous maintenir en bonne santé», prédit Mike Gibney. Une évolution qui pose un autre type d’interrogations, notamment quant à la sécurité des données personnelles et à l'intimité des individus.

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