Une pilule connectée pour mieux suivre son traitement

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La pilule Abilify MyCite enverra des données aux patients mais aussi à cinq personnes de confiance. L’objectif est d’améliorer l’observance thérapeutique.

La médecine personnalisée promet des traitements de plus en plus adaptés aux spécificités de chacun. Mais le meilleur traitement restera vain s’il n’est pas pris correctement par le patient. Or, ils sont nombreux à rencontrer des problèmes pour suivre à la lettre leur prescription, surtout dans le cas de maladies chroniques, en particulier psychiatriques. Et, selon les pathologies, oublier une prise ou la décaler de quelques heures peut avoir des conséquences majeures. Une situation que pourrait améliorer un nouveau type de comprimés: les pilules connectées. L’autorité de régulation sanitaire américaine (FDA) a autorisé en novembre 2017 la mise sur le marché du premier produit du genre: Abilify MyCite.

Un mouchard gros comme un grain de sable

L’aripiprazole, commercialisé en 2002 par le laboratoire japonais Otsuka sous le nom Abilify, est prescrit pour traiter la schizophrénie et dans certains cas de troubles bipolaires et de dépression. «Etre capable de monitorer l’ingestion de médicaments prescrits pour des pathologies mentales peut s’avérer utile pour certains patients. La FDA soutient le développement et l’usage des nouvelles technologies dans la prescription de médicaments, et s’est engagée aux côtés des laboratoires pour comprendre comment ces outils peuvent bénéficier aux patients et aux prescripteurs», commente dans un communiqué le Dr Mitchell Mathis, directeur de la Division des produits psychiatriques à la FDA.

La version connectée du médicament a été développée par Otsuka en partenariat avec la société Proteus Digital Health. Le système repose sur un capteur, de la taille d’«un grain de sable», enrobé dans le comprimé. Ce traqueur, composé d’«ingrédients que l’on trouve dans la nourriture», est activé lorsqu’il entre en contact avec les sucs gastriques, indique le fabricant. Un signal est ensuite envoyé à un patch, collé sur la peau du patient, lui-même connecté à une application sur smartphone. Cette appli peut recueillir d’autres données, telles que l’activité journalière du patient ou son humeur. Les informations sont ensuite consultables par les professionnels de santé ou les proches (jusqu’à cinq), désignés par le patient lui-même.

Efficacité à démontrer

Les fabricants d’Abilify MyCite ont salué le feu vert de la FDA comme un potentiel tournant dans leur pratique, dédiée depuis 25 ans au développement de thérapies pour les pathologies mentales. Ils attendent désormais les retours des praticiens et patients qui auront recours à leur système, pour évaluer sa pertinence. En effet, aucune étude n’a encore été menée pour apporter la preuve que cette pilule connectée améliorerait réellement la compliance des patients aux traitements. Le fabricant prévient qu’elle ne peut pas être utilisée pour monitorer en temps réel la prise du traitement, car «un délai peut persister entre l’ingestion et l’envoi du signal».

L’objectif est donc plutôt d’offrir au prescripteur une vision globale du suivi du traitement sur plusieurs jours ou semaines, afin d’aider le patient en cas de difficulté.

Outre l’impact important sur la santé des patients, la non-observance thérapeutique a un coût aussi pour la collectivité: une étude réalisée par IMS Health France et le Cercle de réflexion de l’industrie pharmaceutique le chiffrait à 9 milliards d’euros par an en France. Il serait de 100 milliards par an aux Etats-Unis. Les assureurs pourraient donc être les premiers intéressés par cette innovation. Mais des voix s’élèvent déjà pour alerter les dérives possibles de ce type de traitements connectés et les questions éthiques qu’ils impliquent. Le laboratoire Otsuka aurait d’ailleurs d’ores et déjà embauché des spécialistes de bioéthique pour plancher sur le sujet.

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