BodyNET: vers la santé augmentée?

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Dans un article paru dans la revue Nature, un chercheur de Stanford appelle à l'émergence du bodyNET, un ensemble de capteurs et d'implants dans le cerveau pour «augmenter nos capacités de perception». Une santé connectée version XXL qui pose de nombreuses questions.

Amélioration de la prévention, généralisation des téléconsultations, meilleure surveillance des malades chroniques, augmentation de l'observance… Les promesses de la santé connectée sont nombreuses. Si cette alliance entre nouvelles technologies, Big Data et traitements personnalisés n'est encore que très peu utilisée par les patients, cela n'empêche pas certains chercheurs d'en imaginer l'avenir.

Dans un article publié le 20 septembre 2017 dans la revue Nature, Bryant Chu, de l'Université de Stanford, appelle à l'émergence du «bodyNET», littéralement le «réseau corporel». Selon lui, «les produits électroniques vont fusionner avec notre corps pour augmenter nos capacités de perception». Oubliez smartphones et montres connectées et faites place à «un réseau de capteurs, d'écrans et d'appareils intelligents cousus dans nos vêtements, portés sur notre peau et implantés dans notre corps». Bryant Chu envisage donc l'arrivée de l'homme augmenté, aux capacités améliorées grâce à la technologie: les implants dans le cerveau, pour contrôler les appareils ou surveiller l'activité cérébrale dans le cadre d'une thérapie, et dans le reste du corps pour surveiller les taux de glucose ou d'anticorps; les capteurs étirables appliqués sur la peau pour tracker les données biométriques (température, battements cardiaques); enfin, les appareils périphériques, vêtements, lunettes, etc., qui pourraient loger d'autres outils technologiques.

Si cela vous paraît totalement loufoque, détrompez-vous. D'ailleurs Elon Musk, milliardaire fondateur de PayPal, de Tesla ou de Space X, a même lancé une entreprise, Neuralink, afin de développer une technologie de «cordons cérébraux» (neural lace) qui permettraient de brancher directement notre cerveau aux ordinateurs. Dans un long portrait dans le Vanity Fair américain, Musk explique:

«Nous sommes déjà des cyborgs. Votre téléphone et votre ordinateur sont des extensions de vous-même, sauf que l'interface se fait via les mouvements de vos doigts ou via votre voix, ce qui est très lent».

Avec un cordon cérébral, vous pourriez envoyer des données directement depuis votre cerveau jusqu'à votre appareil numérique ou, potentiellement, n'importe quel appareil connecté au cloud. «Une interface partielle avec le cerveau devrait avoir lieu d'ici quatre ou cinq ans», promet-il.

Si le bodyNET, en tout cas dans l'esprit de Bryant Chu, a de nombreuses utilisations possibles, en termes de communication par exemple, les possibilités médicales semblent être sans limites. Dans l'article de Nature, Bryant Chu évoque l'opportunité pour un médecin de «voir l'état d'un patient en temps réel, ou si un proche a besoin d'un soutien moral». Une femme enceinte pourrait « porter des capteurs biométriques pour surveiller le rythme cardiaque de son bébé [...] ou transmettre les contractions au père pour qu'il ressente les coups grâce à un dispositif de vibrations».

Si l'idée n'est pas totalement révolutionnaire –ce n'est finalement que le concept d'objets connectés et de technologie portable poussé dans ces derniers retranchements–, la nouveauté réside dans le fait qu'elle est désormais réalisable. «Si l'on met de côté les implants dans le cerveau et les problématiques qui y sont liés –biocompatibilité des composants et enjeux majeurs de sécurité–, ce que décrit l'article de Nature n'est pas de la science-fiction. Le bodyNET est réalisable, mais la question demeure de savoir s'il sera accepté par la population», analyse Dimitri Carbonnelle, consultant en objets connectés et fondateur de l'agence de conseil française Livosphère.

C'est là que réside le principal écueil pour les nouvelles technologies dans le domaine de la santé. Tout comme les objets de santé, le bodyNET ne se développera pas sans un fort soutien d'un nombre important de patients et/ou clients convaincus par ses promesses. Mais puisque le bodyNET passe, entre autres, par des implants et des transformations corporelles, il est peu probable que la majorité des citoyens sautent le pas très rapidement…

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