Pollution : la face cachée des Big Data

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Que l’on ne s’y trompe pas : malgré leurs aspects propres, voire aseptisées, les technologies de l’information et de la communication ont un impact important sur la pollution de notre planète. Un problème particulièrement préoccupant alors que leur usage est en pleine explosion.

C’est ce que l’on appelle un effet pervers. Depuis quelques années, la mode du quantified-self et la démocratisation des appareils connectés a permis une plus grande implication des individus dans la gestion de leur propre santé. Elle a aussi entraîné une explosion de la quantité de données produites. Un rapport de mai 2017 prévoyait ainsi une progression de la création des données de santé de 48 % par an. Si celles-ci représentaient, en 2013, 154 Exaoctets (l'équivalent de 154 millions de disques durs de 1 TO), elles devraient atteindre 2 314 Exaoctets en 2020. Une quantité multipliée par 15 en 7 ans.

Cloud énergivore

Problème : cette explosion de la quantité de données de santé – et des données en général - n’est pas sans impact pour l’environnement. Car si les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont une image propre – après tout un smartphone n’émet pas de fumée – la réalité est moins aseptisée. Les données polluent, le Cloud pollue, les smartphones polluent. Beaucoup. « Gaz à effet de serre, diminution des ressources non renouvelables, éco-toxicité, toutes ces pollutions sont le produit des TIC. La quantité de gaz à effet de serre produits par les nouvelles technologies correspond ainsi à celle de l’aviation civile », alerte Françoise Berthoud, écologue du numérique, ingénieure de recherche au CNRS et directrice d’EcoInfo

Et ça ne risque pas de s’améliorer puisque la consommation électrique des TIC, estimée à 10 % de la consommation globale en 2012, devrait passer à 20 % en 2020 ! Pour faire fonctionner nos smartphones, ordinateurs, mais aussi les data centers qui accueillent nos précieuses données, il faut beaucoup d’électricité. Ces centres de stockage qui fonctionnent 24h/24 et 365 jours par an, nécessitent en plus des systèmes de refroidissements très énergivores. Une énergie produite majoritairement par les centrales au charbon (40%) et au gaz (20%), selon l’article* d’Alain Cappy, professeur à l’université de Lille, le spécialiste estime d'ailleurs que

le cloud représente le cinquième pays le plus consommateur en électricité après les USA, la Chine, la Russie et le Japon.

Polluants de A à Z

« D’autres étapes de la vie des produits sont polluantes et consommatrices d'énergie, même si on a du mal à s’en rendre compte car elles ont lieu loin de nous. On utilise plus d’énergie pour extraire les métaux [une quarantaine de métaux différents sont nécessaires pour constituer un smartphone] et fabriquer les composants que durant toute la vie du produit ensuite », explique Françoise Berthoud. Idem pour le recyclage des objets électroniques : « La Suisse est dans le haut du panier puisque 74 % des déchets électroniques y sont collectés. Loin devant la France par-exemple qui n’est qu’à 50 %. Au niveau mondial, le taux de collecte n’est que de 20 %. » Et quand les produits sont recyclés, ce n’est pas toujours fait correctement. «En Afrique, ou en Inde, où les déchets électroniques occidentaux sont souvent envoyés, les ouvriers font brûler les plastiques et les phtalates pour récupérer l’or des smartphones, ils utilisent des acides… Non seulement ils respirent des toxiques mais ces produits viennent durablement polluer les nappes phréatiques », explique Françoise Berthoud.

Défi pour l'avenir

Face à la catastrophe qui s’annonce, quelles solutions ? « Il faut absolument augmenter la durée de vie des équipements. Et du côté des usagers, il faut éteindre ces équipements quand on ne s’en sert pas, y compris la Box internet et arrêter le gaspillage : il n’est pas nécessaire de changer de smartphone tous les 18 mois, surtout quand on sait que la moitié des métaux qu’ils contiennent ne sont pas recyclés et donc définitivement perdus ». Françoise Berthoud a un autre conseil pour les usagers : « Arrêtez de stocker des photos dans le cloud, et videz votre boîte mail ! »

Mais des ajustements à l’échelle des centres de stockage et d’analyse de données seront également nécessaires. « La maîtrise du rapport performance/énergie dissipée est aujourd’hui la question de fond et le moteur des innovations du domaine du traitement de l’information », souligne Alain Cappy. Aujourd’hui l’essentiel de la consommation électrique provient en effet du traitement des données, le rendement énergétique des systèmes actuels étant particulièrement mauvais. « La question énergétique liée au développement des Big Data devient de plus en plus sensible : elle constitue un défi majeur de l’information », prévient le spécialiste.

 *Extrait de l’ouvrage collégial Les Big Data à découvert , CNRS Editions, 2017.

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