Projet Baseline: comment Google veut s’imposer dans la santé de demain

En se lançant dans la recherche scientifique, Verily, une filiale de Google, promet d'utiliser les Big Data au service de la santé. Tout en espérant devenir incontournable?

Le monde de la recherche vit une véritable révolution. Le 19 avril 2017, Alphabet –la maison-mère de Google– a annoncé que sa filiale santé allait recruter 10’000 volontaires pour une étude scientifique: le projet Baseline. C'est une première pour un acteur extérieur au monde académique. Jusqu'à présent, les cohortes, ces grandes populations d'individus suivis pendant des années voire des décennies, étaient principalement ou entièrement conduites par des instituts de recherche. La cohorte Framingham, qui a enrôlé 5000 sujets à sa création en 1948 et a apporté la plupart de nos connaissances actuelles sur les risques cardio-vasculaires, était (et est toujours) un projet du National Heart, Lung and Blood Institute, aux Etats-Unis. La cohorte Constances, lancée en 2012, qui ambitionne de recruter jusqu'à 200’000 volontaires suivis durant plusieurs décennies, est menée en France conjointement par l'Inserm et l'Assurance maladie. Avec le projet Baseline, c'est Verily, et donc Google, qui est à la barre. Et cela pose de nombreuses questions.

Tout d'abord, celle de la qualité des résultats obtenus. Les 10’000 volontaires seront équipés de toute une batterie d'objets connectés –une montre connectée nouvelle génération créée par Alphabet pour l'occasion, des capteurs sous le matelas, etc.– qui accumuleront une quantité impressionnante de données personnelles retraçant leurs moindres comportements. Bref, les Big Data au service de la santé. Si les volontaires devront aussi subir des tests sanguins, des radiographies, et répondre à de nombreux questionnaires, certains scientifiques sont sceptiques sur la qualité de l'étude:

«On a un peu l'impression que les responsables de Google et Verily cherchent davantage à tester leurs objets connectés qu'à résoudre des problèmes scientifiques»,

souligne dans un article du quotidien Les Echos Marcel Goldberg, médecin, épidémiologiste et biostatisticien de l'Inserm, et qui co-dirige la cohorte Constances.Selon lui, les données recueillies via les objets connectés ne seront pas fiables, faute de pouvoir contrôler les circonstances dans lesquelles elles auront été mesurées.
L'autre problème concerne l'accès aux données de l'étude. Les chercheurs de Stanford et Duke, qui participent au projet Baseline, auront accès aux résultats en priorité. Quid des autres chercheurs? «Les données anonymisées seront accessibles aux chercheurs qualifiés», deux ans après la fin de l'étude, selon un communiqué de presse, sans que Verily ne précise ce qu'elle entend par chercheurs qualifiés. Ni si les données seront accessibles gratuitement. En effet, de nombreuses entreprises vendent leurs larges bases de données aux chercheurs. 23AndMe –une entreprise qui analyse le code génétique de ses clients– commercialise ainsi les données anonymisées de ses tests génétiques à des chercheurs, des laboratoires pharmaceutiques ou des fondations. D'ailleurs, si l'on en croit le magazine Wired, ces données seraient le vrai business de 23andMe, et non plus la vente de séquençages génomiques aux particuliers.

Avec la restriction des budgets recherche, le risque est que Google, et plus largement les «GAFA» (Google, Apple, Facebook, Amazon), soient les seuls à investir dans des études de cette dimension et donc qu'ils deviennent des acteurs incontournables de la recherche sur la santé. Rien n'empêcherait alors ces entreprises cotées en Bourse d'orienter les recherches scientifiques en fonction de leurs seuls intérêts financiers.

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