Blockchain: des promesses alléchantes pour le monde de la santé

Blockchain: des promesses alléchantes pour le monde de la santé
En quelques années, la blockchain ou chaîne de blocs a séduit de nombreux secteurs du monde biomédical: des chercheurs académiques aux grands laboratoires pharmaceutiques, ils sont de plus en plus nombreux à s’y intéresser.

Anca Petre est co-fondatrice du cabinet de conseil parisien 23 Consulting. Elle accompagne les acteurs du monde de la santé dans l’intégration de la blockchain au sein de leurs projets. Elle analyse pour SantéPerSo les raisons du succès de la blockchain dans cet univers.

Le terme de blockchain est de plus en plus répandu, mais de quoi s’agit-il exactement?

Anca Petre: La technologie blockchain a été créée il y a plus de dix ans avec la monnaie numérique bitcoin. Elle permet de stocker et transmettre des informations de façon transparente et sécurisée, sans passer par un intermédiaire. Mais pour comprendre comment fonctionne une blockchain, et en quoi cette technologie est novatrice, il est intéressant de décrire ce qui existe déjà.

Aujourd’hui, nos données sont stockées dans des bases de données qui appartiennent à des entreprises privées. En fonction de leur éthique, leurs investissements ou leurs intérêts, la sécurité et l’intégrité de ces informations ne sont pas toujours garanties. Or, en tant qu’utilisateurs, nous n’avons pas connaissance de tout cela, et nous devons faire une confiance aveugle à ces sociétés.

La blockchain apporte de la transparence. Elle propose de créer une empreinte numérique unique et cryptée attribuée à chaque donnée. Ainsi, à chaque fois qu’une donnée est enregistrée dans la base de données traditionnelle, une empreinte numérique est automatiquement générée dans la blockchain. Cette information est dite immuable car elle ne peut pas être modifiée ou supprimée. Mieux encore, la blockchain n’est pas hébergée dans un seul serveur, mais plusieurs simultanément. Si des failles de sécurité existent dans l’un d’eux, cela n’aura pas d’impact puisqu’il y a une multitude de copies.

La blockchain permet-elle ainsi d’assurer la sécurité des données?

Non, la blockchain ne certifie pas la sécurité des données. Elle certifie leur intégrité. Certes, la blockchain a pour propriété d’être immuable, mais la donnée brute est toujours stockée sur la base de données, et elle peut toujours être modifiée, voire volée. Mais grâce à la blockchain, ces événements vont rapidement être identifiés. En effet, la donnée stockée dans la base de données ne correspondra plus à l’empreinte numérique enregistrée dans la blockchain. On saura alors que l’intégrité des données a été corrompue. Autrement dit, la blockchain permet de suivre en temps réel ce qui est fait de nos données.

Quelle place pour la blockchain dans le secteur de la santé?

La blockchain est intéressante lorsqu’on veut apporter plus de transparence à un système.

Pour les patients, elle peut être un outil pour partager leur dossier médical avec leur médecin traitant, un hôpital ou un pharmacien. Un partage qu’ils pourront restreindre, s’ils le souhaitent, en stipulant qui peut accéder à leur dossier médical et pendant combien de temps. Ils pourront aussi consentir ou non à l’usage de leurs données de santé par des laboratoires pharmaceutiques dans le cadre de recherches médicales. Et à chaque fois, les patients pourront savoir ce qui est fait avec leurs données une fois qu’ils ont accepté de les partager.

Dans le cadre d’un essai clinique, la blockchain permet aussi de créer un historique de tous les résultats obtenus au cours de l’étude, et ainsi garantir que les résultats parus dans une publication sont authentiques, fiables et cohérents.

Certains estiment également que la blockchain pourrait être utile contre la contrefaçon de médicaments. Mais cela pourrait être compliqué à mettre en place car la chaîne de production des médicaments est très longue et implique un grand nombre d’acteurs. Pour tracer toutes les étapes sur une blockchain, il faut avoir accès à toutes les informations. Or actuellement, la collecte de celles-ci est difficile. Ce n’est qu’une fois que ce problème de manque de données sera résolu qu’on pourra mettre en place une blockchain.

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