Gérard Waeber: « Il est faux de croire qu’on ne peut rien faire contre le diabète »

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Le diabète touche plus d’un demi-million de personnes en Suisse. Peut-on prédire son apparition chez un individu? Les réponses du Pr Gérard Waeber, chef du département de médecine interne du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Quelles sont actuellement les méthodes pour prédire le risque de développer un diabète?

On connaît les principaux facteurs de risque: un âge supérieur à 45 ans, un surpoids, des antécédents familiaux, un manque d’activité physique, une hypertension artérielle, le tabagisme et un taux bas de la fraction HDL du cholestérol, principalement.

La découverte de plusieurs dizaines de marqueurs génétiques associés au risque de développer un diabète a laissé entrevoir la possibilité d’améliorer la prédictivité de la maladie

en développant des scores basés sur le génotype individuel. Mais ces scores génétiques se sont avérés moins performants que les scores cliniques. Cela s’explique peut-être par le fait que l’effet individuel de chaque variant est faible et que même en cumulant le risque de plus de 120 variants, l’anticipation du risque est faible.

Mais le rôle de la génétique a été démontré…

Son impact peut être perçu à travers cet exemple: la plupart des individus obèses ne développeront jamais un diabète; en revanche, avec un score génétique élevé (c’est-à-dire le cumul de variants génétiques à risque), la probabilité de développer un diabète est doublée par rapport à un individu obèse qui présente un score génétique bas. En outre, un individu de poids normal avec un score génétique élevé ne développera pas plus de diabète qu’un individu de même poids avec un score génétique bas. En d’autres termes, l’impact génétique est nettement plus marqué dans une constellation à risque dont le prototype est l’excès pondéral.

Prédire le risque de diabète permettrait-il d’endiguer l’épidémie de diabète?

Cela donnerait la possibilité de mieux cibler la population ou les individus pour lesquels une prévention peut être instaurée.

Nous savons que des mesures de correction de l’hygiène de vie, comme la perte de poids et l’activité physique, permettent de freiner la maladie bien mieux que ne le font les médicaments.

Il est donc faux de dire que l’on ne peut rien faire contre le diabète!

De plus, certaines études ont montré qu’au moment du diagnostic, environ 25% des patients souffrent déjà d’une atteinte liée au diabète (rétinopathie, néphropathie ou neuropathie). Il y a donc un intérêt à cibler la population la plus à risque en ce qui concerne les mesures de prévention.

D’un autre côté, il n’existe à ma connaissance aucune preuve que connaître son risque de développer un diabète dans les cinq, dix ou quinze ans à venir incite réellement les patients à modifier leur mode de vie. Par ailleurs, les essais cliniques de programmes de dépistage du diabète dans la population générale n’ont jusqu’ici pas spécifiquement démontré un bénéfice concluant, notamment pour des raisons de coût/efficacité. Ainsi, il n’a pas pu être établi que le dépistage précoce changeait la mortalité. Le dépistage massif n’est donc pas recommandé.

Toutes les mesures qui visent à endiguer l’épidémie de diabète doivent être saluées, car cette maladie tue actuellement entre trois et quatre fois plus de personnes dans le monde que le sida ou la tuberculose, par exemple. Mais prédire le risque de développer un diabète soulève un certain nombre de questions cruciales. Comment les individus vont-ils gérer cette information si elle leur est donnée à l’âge de vingt ou trente ans? Comment exclure que cette information n’aura pas d’impact au niveau des assurances? Et quelles conséquences économiques peut entraîner une telle anticipation du risque? Nous n’avons pas encore de réponses à ces questions.

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