Osman Ratib: «L’imagerie va devenir thérapeutique»

Cibler des sous-groupes de patients, suivre l’effet d’un traitement et même traiter des pathologies. L’imagerie médicale devient une discipline fondamentale pour la médecine personnalisée.

Les progrès en radiologie en ont fait une discipline importante pour la médecine personnalisée, allant jusqu’à traiter une tumeur par imagerie médicale (lire plus loin). Une avancée qui ne va pas sans une formation adaptée des médecins. Interview d’Osman Ratib, professeur au département de radiologie et d’informatique médicale de l’Université de Genève et chef du département de radiologie à l’Hôpital Riviera-Chablais.

En quoi l’imagerie médicale est-elle un outil majeur pour personnaliser la médecine?

Pr Osman Ratib Les traitements vont être de plus en plus ciblés. Au-delà de la génétique, il existe aussi des maladies qui diffèrent d’un patient à l’autre. Avec l’imagerie médicale, on peut différencier ces sous-groupes. L’imagerie permet aussi de déterminer si les patients répondent à un traitement, notamment en analysant s’ils atteignent bien leur cible. Quand on administre à un patient un traitement spécialisé, on doit savoir s’il répond positivement, d’autant plus que les prises en charge ciblées sont chères. On sait par exemple que les mélanomes répondent positivement durant un certain temps, mais que la tumeur peut ensuite changer et le traitement ne fonctionnera alors plus. L’imagerie permet de suivre la réaction et d’adapter le traitement.

Dans la radiologie de demain, nous pourrons utiliser l’imagerie moléculaire pour traiter des pathologies. Nous pourrons par exemple cibler une molécule d’une tumeur particulière. Nous la marquerons avec un produit radioactif (isotope) pour déterminer si le patient possède le bon type de tumeur pour le traitement choisi. En marquant ensuite cette molécule avec un émetteur de radiation très localisé, on pourra brûler la tumeur.

L’imagerie va devenir thérapeutique: c’est la radiothérapie ciblée.

En quoi les données de l’imagerie médicale sont-elles particulières?

La difficulté avec ces données, c’est qu’il y a très peu d’harmonisation et de consensus sur la façon de les interpréter et de les acquérir. Si vous faites une IRM chez deux radiologues différents, ce ne seront pas les mêmes images si les machines aussi sont différentes. De plus, les méthodes d’analyse ne sont pas identiques chez tous les radiologues. Nous avons un grand problème d’uniformité des données. Deuxième problème: ce sont des données extrêmement nombreuses. A chaque fois qu’on fait un examen de votre poumon ou de votre genou, on produit 10'000 à 15'000 images.

Troisième problématique: l’imagerie était jusqu’alors essentiellement anatomique, c’est-à-dire qu’on regardait s’il y avait une fracture ou une tumeur. Maintenant, ça devient de l’imagerie moléculaire, ce qui signifie qu’on arrive à analyser ce qui se passe dans l’organe. On arrive à suivre une molécule d’un organe, savoir s’il y a des molécules anormales à cause d’un cancer, etc.

Des études récentes ont montré que l’intelligence artificielle a pu analyser des images médicales parfois mieux que les médecins. Est-ce que dans dix ans, l’intelligence artificielle aura remplacé les radiologues?

C’est la question qui fait très peur aux professionnels du domaine. La réponse est très simple: l’intelligence artificielle ne va pas remplacer le radiologue, mais les radiologues qui l’utilisent vont remplacer ceux qui ne l’utilisent pas. L’intelligence artificielle n’est pas une menace, c’est un outil très performant. C’est normal qu’il soit plus efficace que le radiologue, car il analyse des centaines de paramètres, alors que les radiologues spéculent sur quatre ou cinq facteurs. Nous avons besoin de cet outil pour analyser cette masse de données qui nous dépasse. Ce qui demande une adaptation de la formation. C’est comme si on passait d’une Fiat 500 à une Ferrari. Le problème, c’est qu’on se forme à quelque chose dont on ne peut pas prédire l’évolution. En médecine, on a l’habitude de faire les choses étape par étape. Là, ça va très vite. Peut être un peu trop vite.

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir les actualités de la plateforme SantéPerSo et être invité aux événements consacrés à la santé personnalisée.

Top