Pr Dermitzakis: «Le séquençage du génome va devenir un guide de vie»

Pr Dermitzakis: «Le séquençage du génome va devenir un guide de vie»
Au cœur de Genève, le Health 2030 Genome Center reçoit et analyse des milliers de données. Son directeur, le Pr Emmanouil Dermitzakis, croit au séquençage dès la naissance. Entretien.

Pourquoi le recours au séquençage d’ADN deviendrait-il de plus en plus fréquent?

Pr Emmanouil Dermitzakis Le génome est une composante importante de nous-mêmes, autant dans notre développement que dans celui de certaines maladies, ou même dans les caractéristiques générales que nous possédons. Il va probablement devenir un type de données que l’on générera dès la naissance. Ce sera un guide pour des décisions spécifiques liées à notre vie, à propos de notre santé, en prévention de maladies qui pourraient émerger si on n’y prête pas attention et qu’on ne change pas notre comportement.

Pourquoi est-ce important d’analyser ces données en Suisse?

La capacité à apprendre la signification des données, la manière dont elles sont générées et leurs limites doit être construite au sein même du système. C’est très différent que d’envoyer ses échantillons à l’extérieur, les faire séquencer, recevoir une interprétation par quelqu’un d’autre. Dans ce cas, les médecins reçoivent un rapport mais n’ont pas d’expertise génomique alors qu’ils doivent quand même communiquer les résultats aux patients.

Au contraire, le modèle que nous proposons est de développer une «intuition» chez les médecins. Nous construisons le projet ensemble, nous faisons ensuite le séquençage, puis nous l’analysons conjointement. Ainsi, cette expertise peut faire partie de la boîte à outils des médecins pour communiquer avec les patients en toute confiance, tout en ayant une bien meilleure compréhension de ce qu’ils transmettent et de la limite de ces informations.

Les médecins traitants sont-ils prêts à travailler avec ce projet?

Absolument pas. Les médecins en hôpital ne sont pas prêts pour cela. La plupart des médecins ne le sont pas. Mais cela ne veut pas dire que nous devrions arrêter de le faire. Il faudrait plus de médecins engagés dans les processus de formation ainsi que dans des projets où ils pourraient développer les connaissances génomiques. Je parle de projets de recherche clinique par exemple, où ils pourraient apprendre, comprendre et s’enthousiasmer à propos de nouvelles informations et voir leur valeur. Mais il faut aussi changer le système de formation médicale, pour qu’il y ait plus de génétique et de génomique dans le cursus.

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