Intelligence artificielle: entre promesses et réalités

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L’IA promet de révolutionner la prise en charge des patients de demain. Mais en pratique, des freins importants à sa mise en œuvre demeurent.

Ha, l’intelligence artificielle… Une prise en charge infaillible, sous-tendue par des millions de données collectées sur le patient afin de déployer un accompagnement taillé sur mesure, de la prévention au traitement en passant par le diagnostic. Oui, c’est cela, la promesse de l’IA. Une santé prédictive, personnalisée, avec des processus informatisés, moins coûteux et plus sûrs.

En mai, l’ONU a tenu à Genève son deuxième «Sommet mondial sur l'intelligence artificielle au service du bien social». Les progrès que fait miroiter l’IA dans le secteur de la santé ont été passés au crible. Un jour, elle fournira des services publics centrés sur l'utilisateur dans des villes intelligentes, au service des patients, des professionnels et des systèmes de soin. Un jour… mais quand?

L’enjeu des données

«Pour le moment, nous sommes plus dans le potentiel que dans le réel», confie Marcel Salathé, professeur au laboratoire d'épidémiologie numérique de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Il rappelle qu’«il y a d’abord un problème de définition. Le terme IA est utilisé très librement, pour évoquer le plus simple des programmes informatiques comme le système le plus moderne et élaboré…».

Un des enjeux actuels de l’intelligence artificielle réside dans les données et leur collecte. L’immensité du big data est explorée par les pays en quête d’innovation –Etats-Unis et pays d’Asie en tête– et «nous assisterons à son apogée dans les quatre à six années à venir», estime le Pr Salathé. Le mouvement est enclenché: les acteurs qui collectent les données de santé ne cessent de se multiplier et les citoyens acceptent volontiers de les livrer, eux qui s’équipent de montres et Smartphones connectés capables de fournir leurs données physiologiques en temps réel.

Un des domaines qui devrait bénéficier rapidement des progrès de l’IA est la radiologie, où des programmes assistent déjà les médecins. «D’ici cinq ans, l’analyse de l’image par l’IA fera partie intégrante de la prise en charge», veut croire Marcel Salathé. Les outils peuvent aller bien plus loin en matière de diagnostic. «Avec le recours à l’IA, il sera plus facile de détecter les cancers, par exemple. Certains algorithmes savent déjà le faire, mais en pratique, on les utilise très peu».

Manque de preuves scientifiques

Car la science a besoin de preuves et l’intelligence artificielle doit encore montrer patte blanche. C’est là le principal frein à son développement, avant les considérations éthiques ou les capacités technologiques, selon Marcel Salathé. «

Comme n’importe quel dispositif médical, l’IA doit faire les preuves de son efficacité.

Il s’agit de la tester sur les humains, de montrer que les algorithmes font mieux que l’homme… De plus en plus d’études sont publiées, mais certains Etats ont des réticences à l’utiliser, parce qu’elle reste encore trop peu évaluée».

Ainsi, en matière d’IA, on voit se dessiner une carte à plusieurs vitesses. Alors que la FDA américaine vient d’approuver un algorithme qui permet de prédire la mort, l’Europe, elle, avance à tâtons. «Ce n’est pas dans notre tradition de nous jeter sur une nouvelle technologie. Nous, c’est plutôt: wait and see», commente Marcel Salathé.

Anticiper: la clé pour se développer

La Suisse suit cette position attentiste. Des réflexions sont en cours pour encadrer la loi et les pratiques, mais en n’anticipant pas d’avantage, elle risque de rater le coche. «D’autres gouvernements, en France par exemple, ont au contraire défini une stratégie. Il y a une dynamique forte chez nos voisins –d’ailleurs, de nombreuses entreprises spécialisées dans l’IA s’y installent».

De fait, en mars dernier, le mathématicien et député français Cédric Villani a rendu un rapport attendu sur l’IA. Il montre les nombreuses capacités du pays et identifie quatre secteurs prioritaires. La santé est le premier d’entre eux. Le rapport propose un cadre à cette technologie. Parmi les pistes: créer un réseau d’instituts interdisciplinaires d’intelligence artificielle ou encore mettre en place un supercalculateur conçu spécifiquement pour les applications d’IA. Côté éthique, il préconise «une instance pour émettre des avis, donner des jugements en toute indépendance, qui puisse être saisie par le gouvernement comme par les citoyens, et qui nous dise ce qui est acceptable ou non acceptable». Bref, le rapport français anticipe. Un exercice que toutes les nations devront mener.

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