Objets connectés: des promesses et des défis

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Les objets se développent massivement dans le domaine de la santé ces dernières années. Mais trois défis majeurs restent à relever: gagner la confiance des patients, sécuriser les données et réussir à analyser les quantités astronomiques de données récoltées.

Une révolution est parfois lente à se mettre en place. Au début des années 2010, quand ils arrivent sur le marché grand public, les objets connectés font sensation, et la presse s'emballe pour ce qu'elle considère comme l'avenir des nouvelles technologies. Sauf que la tendance fait long feu, ces objets tiennent souvent plus du gadget que de la vraie innovation (en attestent les chaises ou des glaciaires connectées à l'intérêt assez dérisoire !), et prennent rapidement la poussière au fond des tiroirs. 

Depuis, la technologie s'est améliorée, les concepts se sont affinés, et la révolution annoncée fait son petit bonhomme de chemin, plus discrètement, mais avec davantage d'impact sur le consommateur. En particulier dans le domaine de la santé:

«En intégrant à la fois des capteurs, de plus en plus miniaturisés et bon marché, et une connectivité, [les objets connectés] offrent des services nouveaux et inédits»,

en particulier «la possibilité d'une plus grande implication des individus dans la gestion de leur propre santé», explique Nathalie Manaud dans l'article «Objets connectés et santé: les défis de la santé de demain», publié au sein de l'ouvrage Les Big Data à Découvert (éditions CNRS). «Appliqués au suivi des maladies chroniques, ils fournissent au médecin des outils de mesure en vie réelle et permettent de délivrer des prescriptions ajustées», poursuit-elle. L'intérêt semble donc évident pour les patients et les praticiens.

Intérêts cliniques et économiques

C'est le cas du pancréas artificiel, dont un premier modèle autorisé aux Etats-Unis en avril 2017 allie un capteur sous-cutané mesurant la concentration de glucose et une pompe qui injecte de l’insuline en fonction des besoins, le tout de manière automatique. Ces données sont aussi envoyées à un service de suivi et analysées afin d’améliorer la prise en charge sur le long terme. C'est également le cas du pilulier connecté, qui permet à un médecin de suivre l'observance du traitement, ou encore plus ambitieux, la «Consult Station», un espace de téléconsultation qui dispose de toute une batterie d'instruments (tensiomètre, thermomètre, électrocardiogramme, etc.) utilisables par le patient avec l’accompagnement d’un médecin, à distance.

Les objets connectés de santé peuvent aussi avoir un rôle fondamental pour faire des économies, ce qui profite aussi bien aux Etats qu'aux mutuelles privées. «Les objets connectés de santé sont un des leviers majeurs de l'amélioration de la prévention, qui a un rôle fondamental à jouer pour juguler l'explosion des coûts de santé qu'entraîne l'augmentation de la durée de vie, en particulier de personnes malades», explique Dimitri Carbonnelle, consultant en objets connectés et fondateur de l'agence de conseil Livosphère. 

Du chemin à parcourir

Néanmoins, pour que ces technologies connaissent un développement majeur, il y a au moins trois problèmes à résoudre. Tout d'abord, celui du manque de confiance des patients vis-à-vis de ces nouveautés. Selon un sondage cité par Nathalie Manaud*, la connectivité des objets de santé est perçue comme un danger pour la vie privée pour 59% des sondés, et la moitié des personnes interrogées considère que la santé connectée est une menace pour le secret médical.

Le deuxième est la sécurisation des données: «Si un virus s'attaque à une entreprise de pancréas artificiels et qu'il menace de modifier la quantité d'insuline injectée aux patients si l'entreprise ne paye pas la rançon demandée, les conséquences peuvent être dramatiques», alerte Dimitri Carbonnelle. En 2016, la société Johnson & Johnson avait elle-même prévenu les utilisateurs d’une faille de sécurité découverte dans les puces de certaines de ses pompes à insuline.

Le dernier problème tient à la fiabilité à la fois des mesures réalisées par ces appareils, qui doit impérativement être évaluée, et des analyses réalisées sur ces données. «Le développement d'algorithmes et de logiciels capables de traiter la quantité de données transmises et de renvoyer vers le praticien ou le patient une information fiable, pertinente et simple, constitue une étape indispensable à l'usage de ces objets connectés de santé», souligne dans son article Nathalie Manaud. Ce n'est qu'à cette condition que les objets connectés auront un impact réel sur notre santé.

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*Ifop pour L'Atelier BNP Paribas, réalisé en novembre 2013 sur un échantillon de 1001 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. 

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