Cancer du sein: une étude pour évaluer un dépistage personnalisé

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Le programme MyPeBS, lancé fin septembre, évaluera les bénéfices d’un dépistage du cancer du sein dont la fréquence sera adaptée au risque de chaque femme.

Chaque année en Suisse, quelque 6000 femmes développent un cancer du sein, et 1400 en meurent. A lui seul, il représente un tiers de tous les cancers détectés chez la femme. Une incidence importante qui justifie la mise en place d’un programme de dépistage par mammographie entre 50 et 74 ans à renouveler tous les deux ans. La stratégie nationale contre le cancer 2017-2020 a pour objectif de proposer ce dispositif dans tout le pays. Mais d’après le dernier rapport du Swiss Cancer Screening, seuls douze cantons, essentiellement en Suisse romande, offrent aujourd’hui ce programme de dépistage.

Ce faible engagement des Etats fédéraux serait lié, en partie, au rapport du Swiss Medical Board de 2013 qui a contesté l’utilité d’un dépistage systématique. Les experts ont estimé que ses résultats en termes de mortalité et de détection précoce des cancers sont insuffisants face aux inconvénients inhérents à cet examen tels que les faux positifs, le risque de surdiagnostic et donc de surtraitement. «Ce rapport a fortement discrédité les programmes organisés, ce qui a insécurisé les femmes», déplore la Dre Claudia Weiss, directrice du Swiss Cancer Screening. «On assiste par exemple à la reculade du canton de Berne. Alors qu’un programme était en place depuis 2012, le canton a pensé à revenir en arrière car le taux de participation est très faible (environ 35% des femmes invitées y participent, NDLR)», ajoute le Pr Patrice Mathevet, responsable médical du centre des tumeurs gynécologiques du Centre hospitalier universitaire Vaudois (CHUV) de Lausanne.

Dépistage perfectible

Le dépistage organisé est alors fortement concurrencé par le dépistage «opportuniste». «Or, la qualité de ce dépistage n’est pas contrôlée et aucune statistique n’existe pour témoigner des coûts et de son efficacité», relève la Dre Weiss. De fait, la double lecture de la mammographie par deux médecins n’est pas réalisée dans le cadre d’un dépistage opportuniste, alors qu’elle représente un point clé du dépistage organisé. Un processus qui permet de réduire les risques de faux positifs et de surdiagnostic et permet de sauver des vies. D’après la littérature scientifique, le dépistage permet de réduire de 15 à 21% la mortalité par cancer du sein, soit entre 150 et 300 décès évités pour 100’000 femmes participant régulièrement au dépistage pendant une décennie.

Toutefois, nombreux sont ceux qui jugent que ce dispositif est perfectible. Une amélioration qui pourrait venir de la personnalisation du dépistage: puisqu’il n’y a pas un cancer du sein mais autant que de malades, le dépistage doit lui aussi être adapté à chaque femme. Encore faut-il démontrer qu’un suivi personnalisé sera aussi efficace que le programme actuel.

Lancement d’une vaste étude européenne

C’est tout l’enjeu des travaux de recherche européens lancés par Unicancer et dirigés par la Dre Suzette Delaloge, responsable du comité de pathologie mammaire à Gustave Roussy (Villejuif, France). Baptisée MyPeBS (My Personal Breast cancer Screening), cette étude sera menée pendant six ans dans cinq pays d’Europe (France, Italie, Israël, Belgique et Royaume-Uni) auprès de 85’000 femmes âgées de 40 à 70 ans.

En fonction de leur risque individuel, ces participantes seront classées en 4 catégories et bénéficieront d’un dépistage adapté: bas risque, une mammographie tous les quatre ans; risque moyen, une mammographie tous les deux ans; risque élevé, une mammographie par an; très élevé, une mammographie et un examen IRM tous les ans. En fonction de la densité mammaire, une échographie pourra également être préconisée.

Cette étude unique en son genre permettra à la fois de démontrer l’utilité d’un dépistage annuel pour les femmes à haut risque, mais aussi l’intérêt d’un dépistage moins fréquent pour les femmes à bas risque.

«C’est important car neuf femmes sur dix n’auront pas de cancer», souligne Suzette Delaloge.

«Score de polymorphismes»

Pour évaluer le risque de cancer du sein, les médecins prendront en compte l’âge, les antécédents familiaux, le mode de vie, le statut hormonal (âge des premières règles, ménopause) ou encore l’indice de masse corporelle (IMC). S’ajoute également l’analyse de 313 polymorphismes génétiques. «Ce sont des variations de l’ADN mais il ne s’agit pas d’anomalies génétiques transmises de façon héréditaire comme le gène BRCA1 ou BRCA2, explique l’oncologue française. Pris individuellement, ces polymorphismes augmentent, ou au contraire diminuent un peu, le risque de développer un cancer du sein. De ce fait, une seule de ces variations ne suffit pas pour évaluer le risque d’une femme». Ce sera la première fois qu’un score de polymorphismes sera utilisé en clinique. Mais pour le Pr Mathevet, cet outil n’est pas encore assez solide.

«Ces profils génomiques sont discutables car les polymorphismes utilisés n’ont pas été validés à très grandes échelles.

Je ne suis pas sûr que ce soient les plus pertinents», prévient-il.

Le spécialiste estime également que la personnalisation du dépistage aurait pu aller plus loin. «Des femmes de 40 ans seront incluses dans l’étude. Pour celles présentant un bas risque de cancer, il aurait été intéressant de leur proposer un dépistage retardé dans le temps, par exemple à 60 ou 65 ans, et non pas à 50 ans comme c’est le cas aujourd’hui.»

Personnaliser le dépistage aura un coût

De son côté, la Dre Weiss estime que «la personnalisation du dépistage du cancer du sein est une approche intéressante et fait sens», mais elle souligne que «d’un point de vue de scientifique, il n’y a pas assez de preuves de son efficacité et que, du point de vue organisationnel, la personnalisation du dépistage représente un vrai défi».

«Il faut également souligner que l’approche personnalisée coûtera plus cher.

L’avantage majeur du dépistage organisé est qu’il donne un accès équitable à toutes les femmes sans pour autant grever les caisses de l’Etat», poursuit-elle.

L’analyse socio-économique sera un champ important de l’étude MyPeBS. En France, l’étude s’appuiera sur la médecine de ville (généralistes, gynécologues et radiologues). «Leur engagement est crucial car l’objectif de l’étude est d’apporter une preuve de concept. Si on y arrive, ce nouveau dispositif devra être implanté sur tout le territoire. Et pour cela, il faudra s’appuyer sur ces praticiens», conclut la Dre Suzette Delaloge.

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