La médecine personnalisée pour limiter les naissances prématurées

La médecine personnalisée pour limiter les naissances prématurées
Les naissances prématurées restent très fréquentes et constituent une cause majeure de mortalité infantile. Identifier les femmes les plus à risque constitue un enjeu majeur de santé publique.

Chaque année, 15 millions d’enfants naissent prématurément dans le monde. Les complications associées à ces naissances constituent la première cause de mortalité chez les moins de cinq ans. En 2015, un million de décès ont été répertoriés par l’Organisation Mondiale de la Santé dans cette tranche d’âge. Un problème de santé public majeur qui touche tous les pays, avec cependant des différences notables. Dans certaines régions du monde, jusqu'à 18% des bébés naissent ainsi de manière prématurée. Si le constat est sombre, la communauté scientifique et les ONGs continuent de se mobiliser pour apporter des solutions innovantes et développer de nouvelles stratégies de prévention.

 Les priorités de recherche sont désormais au développement de nouveaux outils pour identifier les femmes les plus à risque. Mais la difficulté est de taille car les causes de prématurité sont multiples: d’une petite contribution de facteurs génétiques jusqu’à d’autres caractéristiques comme l’hypertension artérielle, le diabète, la consommation de tabac, ou le contexte socio-économique.  «Il est difficile de s’y retrouver, d’autant qu’un facteur qui entraîne une naissance prématurée chez une femme ne l’entraîne pas forcément chez une autre. C’est une combinaison de facteurs qui augmente le risque. L’idée qu’il nous faut adopter une stratégie de médecine personnalisée pour mieux appréhender la combinaison individuelle propre à chaque femme gagne du terrain», souligne Laura Jelliffe-Pawlowski directrice de l’unité de médecine de précision au sein du projet Preterm Birth Initiative, développé par l’Université de San Francisco (Californie).

 

Tests génétiques en développement

Les femmes qui ont déjà connu un accouchement prématuré sont connues pour être plus à risque. Cependant la vaste majorité des cas de prématurité concernent des premières grossesses. «Si une femme a déjà connu une naissance prématurée, son risque lors de la prochaine grossesse est de 15%. Mais il est compris entre 10% et 15% dans la population générale, ces patientes ne se distinguent donc pas par un risque beaucoup plus élevé que la moyenne. Développer de nouveaux outils est donc nécessaire», insiste David Olson, enseignant-chercheur au sein du département d’obstétrique de l’Université d’Alberta (Canada).

Les avancées techniques des dernières années, notamment les progrès dans le séquençage du génome, ont permis aux scientifiques d’étudier de plus près certains mécanismes possiblement impliqués dans le déclenchement des accouchements prématurés. Dans un article publié en 2017 dans le New England Journal of Medicine, Louis Muglia, co-directeur de l’unité périnatale du Cincinnati Children’s Hospital aux Etats-Unis et ses collègues ont ainsi mis au jour plusieurs variants génétiques localisés dans 12 régions du génome et associés avec un risque plus élevé de prématurité. «Identifier ces facteurs génétiques est un pas en avant, car ils nous apprennent beaucoup sur la biologie de la grossesse humaine. Les facteurs environnementaux (microbiote, alimentation, exposition à des infections, etc.) jouent un rôle crucial dans le déclenchement des grossesses prématurées, mais ce déclenchement ne se fait pas par magie. Des gènes sont impliqués et nous voulons comprendre comment», souligne Louis Muglia. L’ équipe de Muglia continue donc à plancher sur les différents variants identifiés, afin de comprendre leurs rôles dans la cascade de mécanismes biologiques qui précipitent un accouchement, mais aussi comment ils interagissent avec l’environnement des femmes. A terme, ces travaux pourraient déboucher sur un test génétique destinés aux femmes présentant par ailleurs d’autres facteurs de risque. 

 

Biomarqueurs

Au delà de l’étude du génome maternel, d’autres tests permettant d’identifier des biomarqueurs de la prématurité sont en développement. Plusieurs entreprises proposent déjà des tests sanguins. L’un des plus avancés a récemment été présenté par Jelliffe-Pawlowski et ses collègues, dans Nature. En développement depuis une dizaine d’années, il rend compte de l’activité et des dysfonctionnements potentiels du système immunitaire et de la fonction placentaire de la future mère.  «Notre test identifie 25 biomarqueurs et des protéines qui indiquent comment le placenta grandit, s’il y a des signes d’inflammation ou d’activation du système immunitaire. Combiné avec d’autres informations sur l’état de santé de la femme, son âge et son niveau de vie, notre test permet d’identifier 80% des mères qui accoucheront entre 15 et 20 semaines de grossesse», explique Jelliffe-Pawlowski.

Les scientifiques misent aussi sur les nouvelles technologies pour mieux repérer les femmes à risque. Des algorithmes utilisant l’intelligence artificielle, mettant en relation tous les facteurs de risque identifiés, pourraient permettre d’établir de manière plus pertinente le profil de risque d’une patiente. Des applications mobiles sont également testées pour renforcer le suivi pendant la grossesse.

 

Nécessité de traitements

«Identifier les femmes à risque est une première étape, mais si nous ne pouvons pas leur apporter des réponses thérapeutiques adaptées, c’est insuffisant», relève Louis Muglia. Or l’arsenal thérapeutique contre la prématurité reste bien mince. Développer des traitements médicamenteux pour ralentir ou stopper un accouchement prématuré reste un objectif prioritaire pour les scientifiques. Aspirine ou traitements à base de progestérone (comme le 17-OHP) sont des pistes qui ont longtemps été explorées, mais sans aboutir à un consensus. Ces traitements pourraient être efficaces, mais seulement pour un petit nombre de femmes présentant des caractéristiques bien spécifiques et à certains stades de la grossesse. Là encore, la personnalisation sera le maître mot.

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