Projet AIMS-2-Trials : personnaliser la recherche pour mieux comprendre l’autisme

Enfant dessinant avec des craies dans une cour
Un consortium international propose de modifier les modalités des essais cliniques menés sur l'autisme.

Chaque année, dans le monde, environ un enfant sur 100 naît avec un trouble autistique. Malgré cette prévalence, aucun traitement curatif n’existe, et si plusieurs médicaments peuvent améliorer certains symptômes, leurs effets varient beaucoup d’une personne à l’autre. « L’autisme est un trouble très hétérogène. Les différences entre les patients autistes, que ce soit au niveau de leurs symptômes ou de leur réponse aux médicaments, sont importantes. C’est pourquoi nous en sommes toujours à nous demander quelles réponses thérapeutiques apporter», explique Amber Ruigrok, chercheuse à l'université de Cambridge (Royaume-Uni).

Ce n’est que récemment que les scientifiques ont commencé à s'intéresser de plus près aux mécanismes biologiques de l’autisme et aux variations génétiques qui pouvaient être impliquées. Jusqu’ici, plus de 800 gènes ont été associés à ce trouble. Mais seul un tiers des cas d’autisme sont aujourd’hui en partie expliqués par des variants génétiques spécifiques, en particulier par des suppressions ou des duplications de certaines régions du génome. Mieux comprendre ce qui différencie les personnes autistes, aussi bien au niveau de leurs gènes que de leur mode de vie, est nécessaire afin de trouver et de tester avec plus de succès de nouvelles thérapies personnalisées.

 

Vers une approche thérapeutique personnalisée

C’est dans ce but que des chercheurs du monde entier travaillent avec des associations, des laboratoires pharmaceutique, des personnes autistes et leurs familles au sein d’un large consortium européen. Le projet, connu sous le nom de AIMS-2-Trials, est financé par le partenariat public-privé Innovative Medicine Initiative, à hauteur de 115 millions d’euros. C’est le plus gros financement jamais accordé dans le domaine de la recherche sur les troubles du développement.

Au cours des cinq prochaines années, un total de 14 études seront réalisées réunissant plus de 1500 personnes autistes et plus de 4000 enfants non encore diagnostiqués. Tous ces acteurs travailleront ensemble pour mieux comprendre l'hétérogénéité de l’autisme et des nombreux troubles associés, comme l'épilepsie ou l'anxiété.

Toutefois, avant même de développer de nouvelles thérapies, les scientifiques veulent élaborer des protocoles expérimentaux plus robustes.

«La plupart des essais cliniques ont jusqu’ici été des échecs parce que les scientifiques travaillaient avec un nombre de participants restreint et surtout des profils trop hétérogènes.

Certains des traitements étudiés étaient sûrement efficaces pour un petit sous-groupe de personnes autistes bien spécifique, mais nous ne pouvions pas le savoir car la manière dont l’essai était élaboré ne permettait pas de faire la distinction entre les individus», explique Declan Murphy, chercheur à l'université King's College London. 

 

Groupes homogènes

Avec le projet AIMS-2, les chercheurs vont donc stratifier les individus en fonction de certaines caractéristiques, comme le sexe, l’âge, le type de symptômes ou encore le QI. En répartissant ainsi les individus au sein de petits groupes plus homogènes, ils espèrent pouvoir identifier plus facilement des biomarqueurs spécifiques permettant de prédire la réponse aux thérapies, mais aussi l'évolution du trouble. Des traitements pourront ensuite être testés dans certains de ces groupes afin de voir qui en bénéficie.

«Le problème de cette approche c’est que l’on se retrouve avec des groupes restreints d’individus avec lesquels il est difficile de parvenir à des résultats statistiquement significatifs.

L’avantage d’un large consortium comme AIMS-2, c’est que l’on a accès à un grand nombre de personnes autistes pour former des groupes homogènes et suffisamment larges», souligne Amber Ruigrok.

Faire entendre la voix des patients

Même si une thérapie n’est identifiée comme efficace que pour une faible proportion des personnes autistes, les chercheurs estiment que ce serait déjà un pas en avant. En étudiant les différences entre les individus dans le cadre de AIMS-2, et en les comprenant mieux, ils pourront peut-être, à terme, adapter ce traitement à d’autres personnes.

Mais le projet est surtout unique parce que la démarche scientifique est étroitement liée au dialogue qu’entretiennent les scientifiques avec les patients et leurs familles. «Nous voulons faire entendre la voix de tous les patients pour qu’ils puissent recevoir des solutions adaptées à leurs situations personnelles. Certains veulent de nouveaux traitements pour l’autisme, alors que pour d’autres, la priorité c’est plutôt de les aider avec des troubles associés comme l'épilepsie. Avec AIMS-2, on essaie de répondre au plus grand nombre de ces différentes attentes», précise James Cusack, directeur scientifique de l’association Autistica.

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